• MADAME FIGARO, Aout 2011

    " Elle était notre sorcière bien-aimée dans la saga Harry Potter. À 21 ans, riche, célèbre et studieuse, elle envisage avec sérieux sa future carrière d’actrice et ses études. Nouvelle égérie Lancôme pour le parfum Trésor Midnight Rose, on la retrouvera dans le très attendu Ma semaine avec Marilyn, de Simon Curtis. Bienvenue dans le monde réel !
    Dans un gigantesque salon du Ritz, la toute menue Emma Watson, lovée dans une méridienne, sirote un Earl Grey. Ses gestes sont précis, sa voix acidulée, son débit posé. Elle est tombée, enfant, dans la marmite du cinéma. À l’interlocuteur pressé de connaître son plan de carrière, elle rappelle qu’elle n’a que 21 ans. « Laissez-moi le temps d’apprendre à me connaître, demain est un autre jour », dit-elle en riant. Elle n’a pas tort. Patiemment, Emma s’efforce de modifier son image de teen-ager star, développe un style, une maturité et un discours adulte. Ambivalente, l’adorable sorcière oscille entre deux mondes. Sa coupe de cheveux à la Jean Seberg la vieillit un peu. Sacrifier la longue chevelure auburn d’Hermione fut son premier coup de tête quand elle apprit avec mélancolie que la saga s’achevait. « Il faut me comprendre, j’étais coiffée comme ça depuis l’âge de 10 ans ! » Son deuil prit la forme d’un geste radical. Sur son contrat, il était stipulé qu’elle ne devait rien changer à sa morphologie. L’adieu aux tournois de quidditch, aux balais Nimbus 2000 et à Poudlard lui permettait enfin cette liberté capillaire. Sa mini-robe de cotonnade blanche lui donne un côté Twiggy, Swinging London. Elle est signée Diane de Furstenberg. Aux pieds, des ballerines plates dont Emma est ravie d’annoncer qu’elle les a chinées chez Topshop, sur Oxford Street. Une fille ordinaire, qui a gardé ses amis d’enfance, qui fait du lèche-vitrines à Portobello Road et s’encanaille à Soho : voila ce qu’elle aimerait être. Mais le succès planétaire de Harry Potter l’a éloignée d’une vie standard. Se sont enchaînés les propositions de films, la campagne Burberry et aujourd’hui le lancement du parfum Trésor Midnight Rose, de Lancôme. Un frisson de féminité mutine, rose, framboise et pivoine en bouquet vanillé. Sous la houlette de Mario Testino, Emma, égérie Nouvelle Vague, raconte, du Flore à l’île Saint-Louis, une histoire d’amour néoromantique. Elle y a mis beaucoup d’elle, comme dans tout ce qu’elle fait. Un parfum-roman qui lui ressemble...
     
    Madame Figaro. – Il semble que vous vous soyez beaucoup investie dans l’élaboration de la publicité de Trésor Midnight Rose ?
    Emma Watson.– Cela me paraît naturel. D’abord, j’adore le jus, frais, fruité, ludique et jeune. Et puis j’étais flattée d’appartenir au club des ambassadrices de Lancôme. Kate Winslet, Penélope Cruz, Julia Roberts sont des actrices et des femmes que j’admire. Avec le photographe Mario Testino, je me sens en confiance. Alors, j’ai proposé mes looks – un côté coquin, poulbot, héroïne de film de Godard avec Borsalino sur la tête –, et puis des lieux que j’affectionne à Paris : le café de Flore, qui est pour moi la quintessence de la capitale, ou la librairie Shakespeare and Company.
     
    Vous venez souvent à Paris ?
    Oui. J’y ai des amis et de la famille. Je suis née à Paris, dans le Marais. J’ai vécu à Maisons-Laffitte jusqu’à l’âge de 5 ans. Du côté de ma mère, ils sont tous français, et j’étais bilingue, petite, mais j’ai tout oublié !
     
    Tout, sauf la mode française, en somme ?
    Quand je fais du shopping, c’est ici. Je suis très fan d’Isabel Marant, d’A.P.C., d’Agnès b. ou de Chloé. Les macarons français me bouleversent. Comment dites-vous... Ladurée ? C’est divin.
     
    Vous avez même créé votre propre marque de vêtements ?
    Oui, elle s’appelle People Tree. Ce sont des vêtements à fibres majoritairement organiques. Les matières sont simples car je veux que cela reste confortable et écologique. Il y a des pulls, des jupes, des robes, tout un vestiaire plutôt destiné aux gens de mon âge. Ce qui me plaît, c’est que 100 % des profits vont à la fondation People Tree, qui finance des projets pour l’éducation, contre la violence dans les quartiers difficiles.
     
    Vous ne vivez pas dans un quartier difficile...
    Non, j’ai depuis peu une maison dans le nord de Londres, où je vis seule en attendant qu’une copine vienne emménager avec moi. Et puis, je suis très souvent à Oxford, chez ma mère. Mes parents sont séparés. Ces derniers mois, j’ai beaucoup travaillé pour le cinéma, mais là, en septembre, je vais vivre à cheval entre l’Angleterre et les États-Unis puisque je commence ma troisième année de Master en histoire et littérature anglaise.
     
    C’est important pour vous de continuer vos études ?
    C’est capital. Au début, à l’université de Rhode Island, on me regardait comme une bête curieuse : la petite sorcière de Harry Potter sur un campus qui n’était pas Poudlard ! Il leur a fallu de temps pour s’habituer à ma présence mais je suis ravie d’avoir tenu bon. Mes études me servent de garde-fou. Elles me structurent, par rapport à la superficialité et au délire du monde du cinéma.
     
    Qui sont vos auteurs préférés ?
    Ce sont les auteurs que j’étudie à l’université : William Blake, T. S. Eliot, Keats, Shelley, les sœurs Brontë, Jane Austen.
     
    Quels sont les rôles que vous avez acceptés depuis la fin de la saga Harry Potter ?
    Eh bien, j’ai choisi des personnages aussi éloignés que possible de Hermione...
     
    Pourquoi ?
    Parce que j’ai grandi avec elle, que cette fille sérieuse et smart fait partie intégrante de moi. Il m’arrive même de rêver d’elle, de lui imaginer des aventures. C’est très dur de prendre congé du monde de Harry Potter. C’était ma famille, on vivait tous ensemble. Daniel Radcliffe est un garçon adorable, généreux, énergique. C’est assez étrange, mais la complicité qui lie Harry, Ron et Hermione s’est reflétée dans la vraie vie. Je me sens assez triste, déstabilisée. Harry Potter était mon cocon. Il va falloir que je trouve mes marques, mes repères, un nouvel univers.
     
    L’étudiante nommée Sam, que vous interprétez dans The Perks of Being a Wallflower, du réalisateur Stephen Chbosky, est donc une « moldue ». C’est une grande première ?
    Voilà : une fille d’aujourd’hui, sans aucun pouvoir magique. Elle a eu une enfance difficile, elle ne s’aime pas beaucoup et elle va trouver l’équilibre et la confiance dans son amitié platonique avec un garçon. C’était assez difficile à jouer. Sam est très loin de moi.
     
    Vous jouez aussi le rôle d’une assistante styliste dans le film Ma semaine avec Marilyn, de Simon Curtis...
    Oui, c’était à la fois drôle et tragique car il s’agit de l’évocation du dernier film de Marilyn Monroe. Jouer avec Kenneth Branagh et Michelle Williams m’a projetée dans un univers très adulte, cette fois.
     
    Marilyn est-elle un modèle pour vous ?
    Elle était fondante, comme Ava Gardner, les deux plus grandes beautés de l’âge d’or hollywoodien. Tout ce sex-appeal, ce glamour me bluffent. Mais je me sens plus proche d’actrices naturelles, humaines, comme Natalie Portman et surtout Julia Roberts.
     
    Êtes-vous le genre d’actrice qui décroche son téléphone lorsqu’elle a envie de travailler avec un réalisateur ?
    Oh non. Je suis d’une timidité viscérale, je ne suis pas du tout douée pour me mettre en valeur. Bien sûr, des tas de réalisateurs m’attirent : Darren Aronofsky, Baz Luhrmann...
     
    Êtes-vous une vraie coquette ?
    Oui et non. J’ai fait très tôt des expériences de make-up, vers 10 ans. Mais je suis assez light. Je pose un fond de teint léger car je ne veux pas cacher mes tâches de rousseur. J’abuse du mascara, je trace parfois un trait d’eye-liner... Je n’oublie pas de redessiner mes sourcils car je trouve que ça structure le visage.
     
    Serez-vous tentée, un jour, par une autre carrière ?
    Il est vrai que je ne détesterais pas écrire. Mais je commence à réaliser que mon métier d’actrice est très important pour moi. C’est une part de moi. Sans doute parce que j’ai grandi dans le milieu magique du cinéma ! "

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